scotch tape biologique
J'aime échanger des mots avec elle. Des nuits sous la chaleur de mes draps, à recomposer nos corps.
Soirée chez Mademoiselle S hier, avec plusieurs amis, plusieurs connaissances, plusieurs inconnus et plusieurs plusieurs. Il y avait longtemps que je ne m'était pas retrouvé avec autant de gens. Ça faisait du bien. Je commence petit à petit à apprendre à dealer avec les inconnus, les foules et le sentiment de ne pas se sentir à sa place. De temps en temps, je ne me sens pas comme cet extra-terrestre qui ne sait pas trop comment embarquer dans le party.
Il y avait cette fille, que je connais à peine, qui a eu le bégin l'été dernier pour Monsieur M, un bon ami à moi. Qui cette fois a multiplié quelques tentatives de rapprochement à mon égard. Je ne sais jamais vraiment comment réagir à tout ça. Il est clair qu'elle est jolie, intéressante même. Mais je n'étais pas vraiment dans cet esprit hier soir.
Je pensais à Mademoiselle F et ses courbes superbes, qui était avec moi un peu plus tôt. Que j'ai salué de la main, en sortant de chez moi. Deux fois. Parce qu'il était bon de la regarder s'éloigner, dans le froid de la nuit. J'avais les yeux fatigués, la tête engourdi et le sourire scotché au visage. Parce que j'étais bien.
La vie peut être vraiment parfaite par moments.
trois filles par jour
Hier matin (enfin... matin), je me suis réveillé à 13H00. Je n'y ai définitivement rien compris. J'ai dormi environ 13 heures. Je ne me souviens pas de la dernière fois où ça m'était arrivé. Mademoiselle C est venue me visiter et nous sommes allés marcher dans le centre-ville. Nous nous sommes arrêtés au fleuve, quelques minutes, pour profiter d'un joli coucher de soleil. Je l'aime bien. Il est facile de discuter avec elle. Nous sommes revenus chez moi ensuite, en affrontant le début de petite tempête de neige qui nous a assailli.
J'ai vu Mademoiselle F en soirée. Elle a échouée sur mon divan et je suis bien content. On a mis les choses au clair. Je n'attends rien d'elle, je me laisse porter par ce qui se passe. C'est très bien comme ça. On s'appelle souvent, on se voit souvent. Le jour où on en pourra plus, on n'aura qu'à se sauter dessus. Ça me semble un bon arrangement.
Puis Mademoiselle S a sonné chez moi vers minuit et demi. J'étais couché depuis une quarantaine de minutes. Avec des toasts et des clémentines, on a parlé, pas mal. Elle est si triste. Parlé des relations. De cette putain de relation homme-femme, qui semble toujours finir par foirer, mais dans laquelle on refout tout le temps le pied. Par habitude, par masochisme, par plaisir. Parce qu'on espère que cette fois on ne se plantera pas. Comme chaque fois avant. Et comme chaque fois après.
Une journée qui a commencé tard. Qui s'est terminée tard. Avec trois filles. Une l'après-midi, une le soir et une la nuit. Pour parler. Écouter de la musique. Souhaiter que tout ça n'est pas que du vent. D'une certaine façon.
une seconde
Je m'étais pourtant couché assez tard hier soir. Après un peu de bière et un souper arrosé de bon vin. Rien d'excessif mais suffisant pour que je me sentes un peu paf. Mais ce matin, j'étais réveillé un peu avant 9H00, plus vraiment l'envie de dormir. Je me suis levé et j'ai eu l'idée d'aller louer quelque chose au club vidéo, mais-me-direz-vous-qu'est-ce-que-c'est-que-ça-les-clubs-vidéos-fermés-à-9h30-le-matin? Bref, j'ai ramassé le journal et ai déjeuné en le parcourant tranquillement.
Puis j'ai replacé les meubles chez moi. Je crois que là je vais me sentir mieux. L'espace se meuble.
Mademoiselle F me manquait terriblement aujourd'hui. Depuis hier soir, le besoin intense de plonger dans son cou était si écrasant. Je me suis retenu hier soir, mais j'avais envie de lui téléphoner. Lui écrire. J'avais envie de dormir contre elle. Passer la nuit entière à respirer son odeur et à ne penser qu'à ça. Me concentrer intensément sur le goût de sa peau et n'avoir aucune autre préoccupation. Mettre mon cerveau sur pause. Arrêter de penser, de ma casser la tête. Une seconde, une nuit encore. Toujours. Arrêter de fonctionner. Puis j'aimerais la prendre lentement. La sentir jouir et la sentir sourire. J'aimerais m'affaler sur elle pour une vie entière. Puis m'endormir paisiblement.
Et ne me réveiller que pour recommencer. Pour arrêter une seconde de me briser. Et pour recommencer.
just don't leave
Pendant quelques secondes de silences, j'ai écouté un peu trop attentivement Thom Yorke chanter True Love Waits.
Et j'ai frissonné.
le malade imaginaire
Je continue à croire que dans la vie, n'importe où, n'importe quand, vraiment beaucoup de gens se tournent le dos pour des raisons qui font mal. Des raisons qui auraient pu être évitées. Qui font sombrer une douce légèreté et des sourires-pour-rien en une conclusion. Pas nécessairement d'histoire. Mais de chapitre, certainement.
J'ai fait semblant d'être malade aujourd'hui. Pas envie d'aller au boulot. Pas envie de porter le masque du travailleur. Pas les moyens de m'offrir ce luxe, mais incapable de faire autrement. Un besoin de mettre ma vie sur pause, pour une journée. Mademoiselle F est partie hier soir, sans savoir qu'elle partirait hier soir. En me prenant dans ses bras et en me serrant aussi fort que je l'ai serrée. J'aurais aimé que ce moment ne s'arrête pas.
Et une longue respiration. Une longue inspiration. Pour essayer de garder l'odeur de cette peau, de ces cheveux. Ne pas l'oublier. Si possible.
chambre noire
Marcher pieds nus sur le bois du plancher. Laisser tourner en boucle dans l'appartement de la musique. Planante, douce, bleue. Regarder la vaisselle dans l'évier. La vaisselle marquée d'images. De diapositives. Des scènes de sourire. Avec du vin, du fromage. Du café, du pain doré.
Sentir les draps. Les souvenirs de tes plaisirs, comme dirait Dumas. Regarder à la fenêtre. La ville. Laide et superbe et à la fois. Mélancolique, grande, vivante.
Essayer de ne pas oublier. Les courbes de ton corps comme les traits d'un dessin. Comme des photos en noir et blanc.
libre
Je sens que chaque fois que je commence une phrase par "je suis crevé ou -insérez ici n'importe quel synonyme de fatigué-", je me répête de façon catastrophique. Bon, oui, je veux bien que je suis épuisé, vidé, exténué et paresseux, mais ce n'est pas un statut social il me semble. Je pourrais certainement me trouver une nouvelle définition. Je suis persuadé que c'est quelque chose qui est possible. Je vais y réfléchir sérieusement. Me mettre sur le dossier d'une façon intensive. Même si ça va m'épuiser.
Après une journée ordinaire, j'ai eu droit à un souper sympathique en compagnie de la famille, avant de rentrer dans le calme et le silence de mon chez moi. Malgré la solitude, j'aime avoir un endroit uniquement à moi désormais. J'aime savoir que personne ne m'attends. Même si par moments c'est aussi cela qui me fait sombrer.
Je me suis installé à la belle table qui séjourne actuellement dans ma cuisine, avec du papier, un crayon et un verre. J'ai écrit à ma soeur, à l'autre bout du monde. Pour le plaisir d'écrire une lettre manuscrite. Et pour le plaisir de l'envoyer.
Mademoiselle F m'a admirablement interrompu dans cette entreprise et nous avons discuté un moment au téléphone. Une heure peut-être. Chacun de notre côté, dans nos appartements froids. À rire et à échanger. J'aurais eu envie de lui dire à quel point j'avais envie d'elle. Lui demander ce qu'elle pensait de ce jeu de séduction subtil auquel nous nous adonnions depuis quelques jours. Mais ne l'oublions pas. Je suis un couard.
Je relisais hier soir un passage dans un livre qui disait qu'on était con d'écouter de la musique triste quand on est triste. Mais, même si j'ai tenté moi-même d'esquiver ce piège dans de durs moments (en écoutant en boucle la B.O. de Yellow Submarine, par exemple), j'y suis aussi revenu. Et je suis de plus en plus convaincu qu'il n'y a rien d'imbécile là dedans. Que c'est plutôt une belle façon de se sentir vivant. De sentir ces deux ou trois mots, qui mis les uns à la suite des autres, et chantonnés avec cette voix tristounette nous font l'effet de coups de poignards en pleine nuque. Ce solo de guitare qui nous achève, comme si on sautaient à pieds joints sur nous, pour nous enfoncer une bonne fois pour toute dans le sol. Tout ça est délibérément un besoin je crois.
faux départ
Quoi de plus horrible que de se lever à 7h00 pour rien. D'entendre le cadran à 7h00, de prendre sa douche, de déjeuner, de s'habiller, de se rendre au travail, pour se rendre compte qu'on avait échangé un chiffre avec une amie et qu'on ne commencait qu'à 13h00.
J'efface, je rature, j'écris, je recommence. Toujours ce profond doute à écrire ici des choses, des détails, des moments.
serrure récalcitrante
Pour le énième jour je me suis réveillé avec l'impression de ne pas avoir suffisament dormi. Les yeux scraps. Pas la forme. On s'habitue. Quand la journée avance ça se place généralement. Puis le soir je m'écroule, complêtement vidé. Parfois de n'avoir rien fait du tout.
J'ai passé une bonne partie de la journée avec Mademoiselle S, à faire de la musique, traîner dans un magasin de disque et ramassé quelques trucs. J'ai une nouvelle télévision, toute petite, pour remplacer celle qu'il n'y a plus dans mon salon, sur le meuble de télé qui n'est plus dans mon salon non plus. Un appartement peut être vraiment grand quand il n'y a pas beaucoup de meubles dedans.
Je me débattais avec une conasse de serrure pendant que mon téléphone sonnait à l'intérieur, peut-être pour me divertir. Je suis évidemment arrivé à défoncer la porte quelques secondes trop tard et mon interlocuteur (ou trice) n'a même pas daigné échanger quelques politesses avec mon répondeur.
J'ai torché les planchers et recréé une sorte de chez moi différent, en construction. J'ai retourné mon ancien lit. Je vais peut-être enfin arriver à mieux dormir. Je ne sais pas.
café cheap et verres en styromousse
La journée a commencée de façon un peu étrange. Ma chaîne stéréo ne s'est pas mise à me jouer une chanson entraînante donnant envie de se tirer du lit pour affronter une nouvelle journée. Non, c'est plutôt le téléphone, qui m'a permis de constater que la tempête avait causé une perte de courant momentanée dans la nuit et que je n'avais plus l'heure nulle part dans l'appartement, sauf sur l'ordinateur, qui est par contre toujours en avance.
J'ai mangé en parcourant le journal, rapidement. Juste un cahier.
J'ai ensuite enfilé ma chemise noire. Puis mon foulard noir, et ma veste noire, et mon chandail marine (je n'ai pas de chandail noir), puis mon veston gris comme le ciel. Je suis descendu et j'ai frappé à la porte du proprio pour payer mon loyer. Il n'a pas répondu. Il peut ne pas répondre du mois s'il le désire, ça ne me dérange pas. J'ai descendu les derniers escaliers et je suis embarqué dans la voiture qui m'attendait. Nous avons pris la route et nous sommes rendus au funérailles.
Dans un petit village où tout le monde se connait, se trouvait un petit salon funéraire où je ne connaissais quasiment personne. J'ai fait la connaissance de trois cousines mignonnes qui ignoraient mon existence. Pour ma part, j'ignorais que les enfants grandissent. J'ai revu plusieurs personnes qui ne savent rien de moi et à propos de qui je ne connais rien non plus. Nous avons échangés quelques banalités, dans les meilleurs des cas. Pour le reste, des poignées de mains et des sourires polis ont suffit.
Et tous ces gens qui se connaissaient à peine s'étaient réunies pour enterrer la seule personne qui les unissaient réellement tous dans ce village. C'était triste. Triste de voir que la mort de quelqu'un doit être célébré de façon aussi morne et dans des conditions aussi strictes. Mais c'était normal. Je ne connaissais pas beaucoup de gens qui étaient là et à qui tout cela faisait du bien.
Une de mes cousines mignonnes a lu un texte que je n'aurais jamais pu écrire. Je crois que je suis trop dur par moments.
Il y avait le froid qui nous fouettait le visage. Il y avait les fleurs, en quantité industrielle, qui allaient aussi mourir. Il y avait le vent, qui se glissaient à l'intérieur de nos manteaux et qui se baladait sur notre corps. Il y avait la chaleur réconfortante d'une salle vide qu'on a rempli. Et la chaleur réconfortante du café cheap dans des verres en styromousse.